28 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 17 et fin
Dans un vertige immense qui lui creusa le ventre et lui coupa le souffle, il se laissa tomber dans le vide...
Le choc fut violent sur la neige épaisse mais gelée en profondeur. Il ouvrit les yeux pour découvrir qu'il n'était tombé que de trois mètres environ, recueilli par une corniche qu'il n'avait pas remarqué vu d'en haut. Dans un reflexe de survie, son corps avait effectué une sorte de saut carpé qui l'avait fait atterrir ici.
Il retrouva rapidement ses esprits. Emergeant du trou qui s'était formé sous l'impact, il se sentit incroyablement soulagé. La vie, agacée, l'avait envoyé par dessus bord et il s'en était sorti par miracle! Il s'était raté de peu mais ce geste désespéré avait été salvateur. Frôlant la mort in extremis, il découvrait qu'il voulait encore vivre. Vivre !!! La partie n'était pas terminée... C'était comme une renaissance. Il ressentit tout à coup la faim d'un nouveau bonheur.
Il cracha la neige qui était entrée dans sa bouche. Elle était rouge. Dans le choc, il s'était mordu profondément la langue.
En tournant la tête, il aperçut en contrebas les immeubles de Courchevel.
C'est en glissant la main dans sa poche pour saisir son téléphone portable et appeler les secours, qu'il découvrit, dans une douleur aiguë, qu'il s'était brisé le poignet gauche.
Il songea alors avec regret qu'il ne pourrait pas utiliser son stylo plume durant des semaines...
Life is a fire ever burning,
Fate is a wheel always turning...
FIN
27 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 16
Seule lui importait maintenant la façon dont il pourrait se sortir le plus rapidement possible de l'ornière...
Il arriva à "La Chaudanne" en bas de la station.
Sans se soucier de la pause de midi, une longue file d'attente s'étirait dans l'attente des télécabines. Son ticket en poche, il se résigna à prendre son tour au milieu des skieurs et des surfeurs, empétrés dans leurs matériels.
Enfin, il put prendre place pour une montée sans histoire, le vent étant tombé.
Dès qu'il fut sorti, un air glacial lui brûla les sinus. Se faufilant au travers de la foule des skieurs, délaissant le restaurant d'altitude, il traversa le haut des pistes, contourna un filet de protection et se retrouva rapidement sur une sorte de minuscule plateau. La neige fraîche cédait sous ses pas et il s'enfonçait jusqu'aux genoux. Il avançait lentement avec efforts. La boule était toujours là dans sa gorge. Personne ne semblait lui prêter attention et bientôt il disparut de la vue de tous. Il était déterminé à rejoindre un promontoire en pente douce, tout proche et facile d'accès lui semblait-il. De là il verrait tout le panorama des "Trois Vallées". Il voulait confronter son angoisse à cette vue dominante dans l'espoir d'être enfin apaisé.
Il arriva sur le promontoire. En s'approchant de l'arête, il vit qu'il longeait une falaise verticale et lisse d'un dénivelé qu'il estima à cinq cents mètres au moins. Il était tout au bord, indifférent au risque. Le vent s'était levé et son corps oscillait d'avant en arrière au gré des bourrasques. C'était comme s'il avait quitté la Terre. Tout lui semblait dérisoire. Il prit conscience violemment de la vacuité de son existence. Il réalisa que depuis quelques mois, il avait fait le vide autour de lui, délaissant sa famille et ses amis. Personne ne l'attendait ou l'espérait, du moins il s'en était persuadé.
Alors, il se dit qu'il n'avait plus aucune raison de continuer ainsi.
Depuis trop longtemps, sa vie était devenue un sport individuel qu'il n'avait plus envie de jouer.
Il songea à sa chienne Cannelle. Il revit la scène lorsqu'elle mangeait délicatement les myrtilles à même la branche dans les bois de La Clusaz. Ce fut sa dernière pensée. Dans un vertige immense qui lui creusa le ventre et lui coupa le souffle, il se laissa tomber dans le vide...
26 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 15
Sans qu'il s'en rendit réellement compte, pris par son plaisir, il en oubliait la boule dans la gorge...
La piste rouge s'orientait vers le nord est. Les quatre kilomètres d'ascension ininterrompue se laissaient deviner aux piquets fichés le long du tracé. Il savait qu'il allait devoir donner le maximum pour assurer le retour par cette montée molle et interminable.
Le plaisir de glisser dans la neige fraîche se transforma alors en un effort monotone. Il sentait la sueur couler le long de son dos. Ses muscles répondaient bien. Ses lèvres étaient sèches et il avait très soif. Il levait la tête souvent pour apercevoir le chalet du Blanchot.
Comme une récompense, le pic de la Saulire se découvrit à son arrivée. Il décida d'y monter l"après midi même par le téléphérique. Il ne se doutait pas de ce qui l'attendait là-haut...
Il prit une douche brûlante à son retour à l'hôtel. Il laissa couler l'eau longtemps comme pour essayer de laver les mauvais souvenirs de la nuit. Mais ils étaient si tenaces que la boule familière lui serra de nouveau la gorge. D'habitude le sport lui procurait une certaine détente mais ce n'était pas le cas ce matin là.
Il n'eut pas le courage d'affronter le couple de Saône et Loire à la table de l'hôtel. Il décida de manger un sandwich en ville.
Malgré son malaise, il persista dans son idée de monter à la Saulire. Le temps était à nouveau dégagé et la vue serait sans doute magnifique. Il en attendait autant que d'un nouveau médicament... Avant de sortir, il vérifia sa tenue dans le miroir de sa chambre. C'est en croisant son propre regard qu'il se demanda tout à coup si Elle avait souffert de leur rupture. Il ne s'était jamais encore posé la question! Il n'aima pas les réponses qui se profilaient dans son esprit et il chassa cette pensée. Après tout, se dit-il, en amour il ne faut jamais se poser de "pourquoi?". Est que l'on sait pourquoi l'amour arrive? On ne sait pas non plus pourquoi il repart. Il sourit: le "pourquoi?" était une question typiquement féminine et les hommes avaient de la chance d'en être vaccinés. Ce n'était pas du fatalisme. Il s'agissait simplement de réagir au mieux par rapport aux événements passés sur lesquels il n'avait plus aucune prise. Seule lui importait maintenant la façon dont il pourrait se sortir le plus rapidement possible de l'ornière...
25 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 14
Il n'avait retrouvé le sommeil que quelques jours avant d'arriver à Meribel, mais sa vie tournait à vide...
Un jour cotonneux s'était levé sur la station. En sortant de "Chez Kiki", il salua le remplaçant de la barmaid et retourna à l'hôtel prendre son déjeuner.
- Pense à farter tes skis, se dit-il en poussant la porte. Le couple de Saône et Loire n'était pas encore levé.
Il prit la navette de neuf heures qui le déposa au départ des pistes de fond au Blanchot. Le temps était toujours aussi mauvais, et il se retrouva seul comme il l'avait espéré. Il était pressé d'en découdre avec lui-même dans l'espoir d'apaiser son esprit.
La neige s'enfilait sous ses chaussures et il eut du mal à les clipper dans leurs fixations. Il commença à glisser. Seules les pointes de
ses skis de fond émergeaient tels deux périscopes à chaque impulsion. Le fartage était efficace: ça ne "bottait" pas.
La piste rouge recouvrant le golf d'été était déserte. Elle descendait en dômes réguliers qui s'étageaient depuis le bout de l'altiport.
Il avançait lentement dans la neige fraiche de la longue descente. En raison de la tempête, la dameuse était restée au garage.
Le seul bruit provenait du ronron des télésièges vides qui passaient parfois au dessus de sa tête.
A mi parcours, une biche surgit des sapins à cent mètres devant lui et traversa la piste tranquillement en quelques bonds silencieux avant de disparaitre dans le sous bois. Il aimait ce genre de rencontres, trop rare à son goût.
En arrivant au bas de la descente, là où les conifères laissaient la place aux clairières, il remarqua que le temps changeait rapidement. La dépression s'éloignait et déjà, il pouvait voir un coin de ciel bleu. A ce rythme, pensa-t-il, la Saulire sera visible avant midi.
Vers dix heures il entendit dans le lointain les premières détonations sourdes des charges explosives sécurisant le domaine alpin.
Sans qu'il s'en rendit réellement compte, pris par son plaisir, il en oubliait la boule dans la gorge...
24 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 13
Elle avait disparu dans la bouche de métro "Saxe Gambetta" avant qu'il n'ait eu le temps de réagir, décontenancé par cette mise en scène.
Il n'avait rien vu venir. Mais, fidèle à son tempérament, il ne chercha pas à la revoir, respectueux de sa décision. Il n'était pas du style à se battre. L'amour devait être librement consenti, il ne pouvait être récupéré de force ou par la rhétorique. Mais il ne savait pas où il avait failli. Son geste était incompréhensible. Pouvait-on se quitter sans explications? C'est pourtant ce qui arriva. Les téléphones restèrent muets.
Dans les premiers jours, il préféra penser aux instants merveilleux passés ensemble. Il se disait qu'il ne fallait pas se priver d'une belle histoire sous prétexte d'en risquer une fin douloureuse. Il songea sans amertume que l'histoire qui avait débuté par des mots entrelacés par le même stylo plume, s'était achevée par un seul mot inscrit par une imprimante anonyme...
Ce n'est que plus tard que la blessure narcissique de l'echec envahit son esprit.
Le vide de son absence et la douleur du manque s'installèrent avec un violent effet retard. Des idées noires affluaient en cycles irréguliers. Des vagues qui le submergeaient et le laissaient au désespoir des jours entiers, visage fermé à double tour et boule serrée dans la gorge... Son travail s'en était ressenti. Devenant agressif, il ne voyait plus personne.
Il se replia sur lui-même, ne trouvant de brefs instants d'oubli que dans la fureur de la musique hard rock qu'il écoutait beaucoup trop fort dans sa voiture...
A la fin, ne voulant pas s'apitoyer sur lui-même, il avait voulu changer d'air et s'était tout naturellement retrouvé dans la station savoyarde qu'il aimait. Il n'avait ici aucun souvenir avec Elle. Il ne lui en avait même jamais parlé, n'ayant pas eu le temps de faire des projets avec Elle.
Il n'avait retrouvé le sommeil que quelques jours avant d'arriver à Meribel, mais sa vie tournait à vide...
23 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 12
La neige s'était remise à tomber. Tant mieux, il n'y aurait sans doute personne sur les pistes ce matin, au Blanchot!
Il prit un numéro de "Courrier international" et parcourut distraitement un article sur l'enfouissement des déchets nucléaires. Son premier café lui manquait cruellement et le petit déjeuner de l'hôtel n'était pas servi avant sept heures trente. Trop long! pensa-t-il. Il prit sa douche. Habillé chaudement, il enfila ses bottes et quitta l'hôtel à la recherche d'un bar déjà ouvert. Il aimait le bruit de ses pas dans la neige fraîche. En dessous des lampadaires, dans le pinceau de lumière, les flocons passaient à l'horizontal, balayés par un fort vent d'est. Il n'eut pas à chercher longtemps. A cinq cents mètres en contrebas, dans un lacet, le néon rouge sang "Chez Kiki" brillait comme un phare dans la tempête.
En entrant, il fut saisi par l'odeur lourde des relents de soirées teintées d'alcool et de sueur. Dans la pénombre, deux jeunes anglais discutaient en quittant l'endroit. Au bar, une jeune femme lui adressa un sourire fatigué. Il demanda un grand café avec du lait puis s'installa près d'une fenêtre d'où l'on pouvait voir une partie de la station dans les halos orangés de l'éclairage public. La vie extérieure se résumait aux passages des engins de déneigement et des camionnettes de livraison.
La serveuse s'approcha de la table. Il était seul avec elle. Encore une anglaise aux yeux clairs! Son visage était marqué par la nuit. Après une hésitation, elle lui demanda d'une voix grave -presque une voix d'homme- dans un français correct s'il pouvait régler sa consommation car elle finissait son service. Il paya en prenant soin de faire l'appoint. Il l'observa en détail quand elle retourna au bar. Elle était gracieuse malgré sa solide stature. Il pensa qu'elle devait bien faire l'amour. Mais il se reprit aussitôt, sa supposition était purement gratuite, déduction faite du simple instant où leurs regards s'étaient croisés. Cela pouvait-il suffire à une certitude? Quelques mois auparavant, il aurait répondu oui sans hésiter. Mais aujourd'hui il doutait. Sa rupture récente l'avait trop déstabilisé. Son cerveau lâcha prise et pour la énième fois, il revécu en détail toute la scène de leur séparation...
La femme qu'il avait rencontrée à l'automne à Lyon, l'avait quitté brusquement après quinze jours d'une idylle parfaite. Un matin gris de décembre, alors qu'il devait retourner chez lui reprendre son travail, Elle lui avait remis dans la rue, sans le regarder, une feuille sur laquelle le mot "ADIEU" était imprimé en majuscule. Elle avait disparu dans la bouche de métro "Saxe Gambetta" avant qu'il n'ait eu le temps de réagir, décontenancé par cette mise en scène.
Il n'avait rien vu venir !
22 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 11
Il se rendit compte que depuis le début de la journée, hormis l'accueil à la réception, il n'avait parlé à personne. Ce n'était pas la première fois. Il soupira pour chasser ses idées noires ...
Devant les flammes, au bout de quelques instants de cette quiétude moelleuse, de vieux souvenirs d'enfance dansèrent alors devant ses yeux. Il put revoir distinctement les ronds de crasse sur ses bras et ses jambes quand il rentrait au soir d'une longue journée de vacances... Il entendit aussi la voisine italienne qui appelait sans cesse son fils... Il retrouva l'odeur de la tente en vieille toile de jute dressée sur le terrain vague, face aux HLM où ses parents habitaient alors... Il se revit, fumant en cachette d'âpres tiges de viorne avec ses copains, le long de la voie ferrée interdite... Il sourit, se demandant bien pourquoi de tels souvenirs lui remontaient à la mémoire à ce moment précis... Il devait bien y avoir une explication mais il l'ignorait...
Au repas, il fut placé aux cotés un couple d'aimables retraités. Il apprit rapidement -et sans l'avoir demandé- qu'ils étaient originaires de Saône et Loire. L'homme ressemblait au héros de la vieille bande dessinée "Bob et Bobette". Il maniait un langage soutenu et qualifia la cuisine montagnarde de "roborative". Cela le fit sourire. Il appréciait les gens qui n'hésitaient pas à employer des mots rares et parfois désuets... Par chance, le couple n'était pas trop curieux et la conversation roula rapidement sur les mérites des diverses stations de ski des alentours. Il n'eut pas besoin de parler de lui, ce qui lui convenait parfaitement.
La nuit, dans sa chambre, il fut réveillé en sursaut: il avait cru entendre la respiration de sa chienne Cannelle. Mais celle-ci était morte quelques semaines auparavant, d'une maladie de coeur, ajoutant à son désarroi. Il s'était attaché à ce "King Charles" bien plus qu'il ne l'aurait voulu; c'était une peluche vivante qui n'avait qu'un seul défaut: elle ronflait épouvantablement!
Reprenant ses esprits, il ressentit toute l'absence de son élégante complice. Il se leva, et après un passage aux toilettes, but un grand verre d'eau fraîche dans la salle de bain.
Demain il partirait faire du ski de fond du coté de l'altiport, au "Blanchot", pour avoir souvent constaté que le sport d'endurance le détendait et l'apaisait. Il était venu ici comme d'autres vont en cure soigner une maladie chronique...
Il n'essaya pas de se rendormir car il savait que son cycle de sommeil était d'environ une heure quinze. En regardant l'heure, il calcula mentalement qu'il avait encore trois-quarts d'heure à patienter...
Allongé sur le dos, les yeux ouverts, il laissa calmement son esprit vagabonder. Il songea à sa première voiture. Il songea aux filles qui étaient montées dedans. Il songea au désintérêt de sa première femme pour les choses de l'amour. Il songea à leur unique enfant puis à leur divorce... Il songea à ses amours virtuels sur le net ... Enfin, il songea à Elle, disparaissant dans la bouche de métro, encore et toujours... La séparation était insupportable, car il n'y avait aucun espoir de retrouvailles. La scène le poursuivait sans cesse. Sa mémoire lui envoyait ces images au hasard dans la journée, ou au milieu de la nuit. Il en avait mémorisé chaque détail malgré leur briéveté, et c'était comme une séquence de film au ralenti. Son esprit était alors complétement déconnecté de la réalité qui l'entourait, il flottait littéralement dans son cauchemar. Ses proches s'étaient inquiétés, en vain. Ils n'avaient aucune prise sur lui.
Finalement, il s'endormit à l'heure dite après s'être tourné sur le coté, le bras droit replié sous l'oreiller comme à son habitude.
L'air de la chambre était beaucoup trop sec.
Il fut reveillé très tôt vers six heures par le "bip-bip" entêtant d'un chasse-neige manoeuvrant en marche arrière dans les rues.
La neige s'était remise à tomber. Tant mieux, il n'y aurait sans doute personne sur les pistes ce matin, au Blanchot!
21 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 10
Il était descendu à l'hôtel "Marie-Blanche". Depuis longtemps il était tombé amoureux de ce gros chalet cossu qui surplombait la station de ski, dans le quartier de "La Renarde".
La route avait été longue et les derniers kilomètres, verglacés, assez délicats.
Il avait récupéré ses bagages et rangé sa voiture au parking. Le temps était magnifique. Il avait neigé abondamment la veille sur Meribel. Dans le froid intense de cette fin d'après midi, le soleil illuminait encore le haut des pentes et les sapins croulaient sous leur charge. La majestueuse pointe de la Saulire grise et blanche chapeautait l'ensemble. Un vrai décor de carte postale songea-t-il.
Il ne prenait pas garde aux skieurs qui revenaient de la piste toute proche, skis sur l'épaule dans une démarche dandinante. Le petit ruisseau au pied de l'hôtel n'était pas entièrement gelé; il entendait distinctement le murmure de l'eau se faufilant entre roche et glace. Il se promit de beaux clichés...
Le couple d'hôteliers sourit à son entrée: il était un habitué des lieux et apprécia cette marque de reconnaissance.
En pénétrant dans sa chambre aux lambris de bois blond ciré, il éprouva ce plaisir secret de se dire que le meilleur moment des vacances était juste là, maintenant, avant qu'elles ne débutent vraiment. Le parfum de la cire donnait à l'endroit un charme délicat.
Il jeta un coup d'oeil par la porte fenêtre; la station déroulait de superbes chalets aux teintes claires de chaque coté de la vallée. Sur la gauche, quelques maisons sur les hauteurs s'éclairaient dans la nuit tombante.
Il rangea soigneusement ses affaires, mit à la charge la batterie de son appareil photo. Après une douche réconfortante, il enfila des vétêments amples et confortables en camaïeu de bruns puis descendit à la salle à manger.
Dans le coin salon, un grand feu clair l'attira. Des fauteuils profonds, quelques rires discrets, des tintements de verres, des bribes de conversations feutrées en anglais et dans une langue qu'il pensa être du russe... Malgré sa solitude, il appréciait de se retrouver dans ce lieu d'exception...
Au bar, il commanda un Martini-gin sans glace. Installé confortablement dans un fauteuil club près de la cheminée, il laissa son esprit en roue libre. Mais immédiatement affluèrent les images sombres de ces derniers jours: cette feuille de papier qui voletait devant ses yeux... Elle, disparaissant dans une bouche de métro... Les longues soirées à regarder seul les photos de leur bonheur automnal... La boule qui lui serrait la gorge sans répit... Il s'ébroua pour revenir au plaisir de sa première soirée montagnarde.
Il se rendit compte que depuis le début de la journée, hormis l'accueil à la réception, il n'avait parlé à personne. Ce n'était pas la première fois. Il soupira pour chasser ses idées noires ...
20 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 9
La réponse qu'elle lui fait, sonne comme une promesse à double sens... Ils se dévisagent intensément.
Déjà il l'entraîne pour une traversée de l'hôtel de ville et sa cour somptueuse. De l'autre coté, ils découvrent les énormes boules mauves et bleues planant au dessus de la place des Terreaux, telles des ovni.
J'adore! lui murmure -t elle dans l'oreille.
La pluie ne gâche pas la fête, au contraire ,elle lui procure une touche d'intimité.
Au hasard de leurs pas, ils se retrouvent dans l'étroite rue Mulet, étrangement déserte. Il la retient par le bras. Et, au beau milieu de ce temps de fête, ils s'embrassent et c'est comme un vertige savouré dans la pénombre tamisée. Des voix montent tout à coup à coté d'eux et ils reprennent leur chemin. Il a aimé son parfum, aux fragrances inconnues.
Ils rejoignent les Célestins. Sur la facade élégante du théatre, le spectacle lumineux est agrémenté de parfum de jasmin. Dans cet espace onirique, il l'enlace et dans ses yeux, il peut voir les reflets de la fête.
Ils décident d'aller manger à la Brasserie Georges à Perrache, qu'ils rejoignent d'un coup de métro bondé.
Elle lui fait découvrir les lieux, l'immense salle art déco, les banquettes de moleskine, les serveurs empressés autour des tables où sont déclinées toutes les spécialités lyonnaises. Après une longue attente, ils s'installent en tête à tête.
L'amour et son visage protéiforme leur dictera désormais toutes leurs paroles et chacun de leurs gestes..
Plus tard, enfin, ils seront seuls.
La suite leur appartient.
Fin du 2° chapitre.
19 juillet 2009
La vie est un sport individuel ... 8
Le coeur battant, il rejoint le Passage, en se frayant un chemin parmi les promeneurs et leurs parapluies luisants...
Le Passage a perdu son calme habituel: il sert de raccourci à la foule qui va et vient d'une animation à l'autre.
Elle n'est pas là, mais il sait qu'il est en avance comme à son habitude. A l'abri du porche d'entrée, il détaille les mille lumières de la rue de la République, démultipliées par les reflets de la pluie. Les minutes passent, il songe alors au pire puis se rassure car c'est elle qui lui a demandé de venir.
Soudain, surgie de nulle part, elle est devant lui, souriante, détendue.
Je suis en retard dit-elle, il y a tellement de monde!
Une boule d'émotion lui noue la gorge. Il doit s'y reprendre à deux fois pour lui exprimer son bonheur de la revoir.
En riant, elle lui fait remarquer qu'ils sont habillés de la même façon: baskets blanches, jean bleu, col roulé noir par dessous une parka de même couleur...
Sans lui demander son avis, elle lui prend la main et l'entraine vers l'Opéra.
Bras dessus dessous, marchant d'un pas rapide sous le petit parapluie, ils se sentent à l'unisson de cette foule bon enfant. Ils se serrent l'un contre l'autre, créant une première intimité naturelle. Les rues sont pleines de bribes de discussions qui s'entremêlent, de rires croisés, d'odeurs de vin chaud, de merguez, et de marrons grillés...
Leurs regards souriants se croisent souvent. Parfois, ses yeux s'assombrissent et l'intensité qui en émane révèle toute l'importance qu'elle donne à leurs retrouvailles. Il remarque en haut de son oreille gauche un petit piercing fait d'un diamant, qu'il n'avait pas noté la première fois qu'ils s'étaient rencontrés.
Tu vas voir, cette année c'est magnifique! Emportée par son plaisir et l'ambiance festive, elle le tutoie spontanément...
J'espère bien répond-il malicieux, que tu ne m'as pas fait venir pour rien!
Passé la place des Cordeliers, la rue s'élargit, la foule est moins compacte et à l'approche du but, ils accélèrent le pas.
Regarde, dit-elle, c'est magique!
Devant eux, se dresse, irréeelle dans la nuit, la façade de l'Opéra finement colorée pierre par pierre par des projecteurs et la nef du dôme immense teintée de lumière rouge. On distingue à l'intérieur les lustres imposants des salons d'honneur.
Hum, je ne me souvenais pas que cette ville était si belle lui dit-il dans un souffle.
Attends de voir le reste! La réponse qu'elle lui fait, sonne comme une promesse à double sens... Ils se dévisagent intensément.





