Ce dimanche je joue un jour en avance avec Leiloona !

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Avec ce cliché:

Atelier-décriture-320

                                            De TonyWan

L'homme lui avait donné rendez-vous au restaurant chinois le Chongqing rue Sébastien Gryphe dans le 7ème arrondissement de Lyon. Vers 14h. Il se faisait appeler Kumail,  prénom très populaire au Pakistan. Valentin laissa sa vieille Clio hors d’âge au parking St Michel et termina à  pied. Il aimait traverser ce quartier très populaire animé d'exotisme où les gens de tous horizons savaient vivre en bonne intelligence.
En poussant la porte de l'établissement, il fut saisi par les arômes prégnants de la cuisine extrême-orientale auxquels se mêlait le parfum du thé au jasmin. En ce début d'après-midi la salle était presque vide, de nombreux clients étaient déjà partis. Une jeune serveuse l'accueillit. Son large sourire accentuait un peu plus la fente de ses yeux sombres. Elle portait un kimono chamarré et ses cheveux relevés mettaient en valeur une nuque gracile. Valentin lui précisa qu’il avait rendez-vous avec Kumail. Aussitôt son sourire s’estompa et d’un geste de la main, elle l’invita à le suivre. Elle disparut derrière une épaisse tenture de velours rouge que Valentin souleva à son tour… Il était très impatient de découvrir ce qu’il était venu chercher… Son cœur se mit à battre un peu plus vite.

Kumail l'attendait seul dans une petite pièce borgne où manifestement il achevait de déjeuner.  La jeune femme s'affaira à  débarrasser la table en laissant une théière et deux minuscules tasses. Valentin nota ses gestes rapides et précis, faussement précipités. En quittant la pièce, elle ferma la porte sans bruit. Valentin connaissait bien Kumail, rencontré lors d’une perquisition du service des Douanes. Chacun était d'un différent côté de la barrière mais ils avaient appris à s’apprécier mutuellement au fil du temps. Kumail se leva pour une accolade traditionnelle puis il versa à boire dans les tasses de porcelaine. Un thé fumant et noir d’encre répandit un parfum astringent. Valentin fit une grimace discrète – il détestait le thé – mais il se devait d’accepter le protocole de toute discussion sérieuse avec un oriental.  Kumail le regardait en souriant. Un regard pointu. Une barbe bien entretenue lui mangeait la moitié de son visage émacié. Ils burent ensemble, silencieux, assis face à face.
Puis l'homme se pencha et sans un mot, posa sur la table un carton de la dimension d'une boîte à chaussures.  Il enleva lentement le couvercle et extirpa de son emballage de polystyrène l'objet tant convoité par Valentin. Un Glock 17 ! L'arme de poing autrichienne luisait doucement dans la lumière artificielle. L'air subitement grave, le pakistanais la tendit à Valentin en lui citant dans un anglais impeccable un proverbe pachto «The best weapon  is the one that is closest to the hand » ! La meilleure arme est celle qui est la plus proche de la main ! Valentin tendit une liasse des 800 euros réclamés - un prix d'ami au marché noir - puis s’empara du pistolet semi automatique.
Curieusement, en caressant déjà la gueule menaçante, il songeait à Claire. Il savait déjà que la jeune femme  allait détester cet objet.