Ce dimanche je joue en avance avec Leiloona !

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Avec ce cliché:

snow

                                                                                                           Aaron Wilson

Valentin releva le col de son vieux blouson de cuir brun vintage oversized qu’il affectionnait par-dessus tout et dont le poids imposant le rassurait. En début de saison, il l'avait soigneusement ciré et imperméabilisé. La peau vieillie ne craignait pas les intempéries, elle en avait vu d'autres. Tout en ajustant son feutre Borsalino, en levant les yeux, il maugréa contre les services de la  ville qui, une fois encore avaient laissé l'éclairage public allumé en plein jour. Quel gâchis à l'heure des économies d'énergie ! Mais il chassa vite cette pensée, il avait mieux à faire !
Il hésita un instant avant de  s'engager sur la passerelle.  La fine pellicule de neige à demi fondue sur les pavés autobloquants devait être particulièrement glissante. Sur la voie ferrée en contre bas, un TGV passa dans un fracas assourdissant, faisant trembler le sol. Le bruit s’estompa rapidement et tout redevint calme. Un silence neigeux enveloppait les alentours, entrecoupé de croassements de corbeaux freux invisibles dans la canopée toute proche.  Valentin s’engagea sur le pont, une main prête à saisir le garde-corps. Mais ses combat-boots suédées aux larges semelles crantées s'accommodaient fort bien de la situation hiémale. Il traversa sans encombre.
Elle lui avait donné rendez-vous de l'autre côté du pont en ce froid matin de janvier ; impossible de venir en voiture, seul un lacis de chemins pédestres permettait d'atteindre le petit restaurant lové dans une clairière à l'abri des regards. Habitué aux idées fantasques de sa maitresse, Valentin s'était peu étonné intérieurement de ce lieu de rencontre isolé,  sans doute fermé à cette époque de l'année.  L'endroit était effectivement désert. Et Claire n’était pas là. Il patienta quelques minutes, stoïque dans le froid humide. Là-haut, dans des appels élégiaques, les freux tenaient congrès sur les hauteurs des cimes.  Valentin décida de rebrousser chemin. La neige s’était intensifiée et sur la passerelle les pavés ocres avaient totalement blanchi. Intrigué, il repéra des traces qu'il conclut être de bottillons féminins. « Claire ! » pensa-t-il immédiatement. Il allongea le pas laissant la passerelle derrière lui. Tout près de là, adossée à la Mini Cooper bleu ciel,  au toit peint de l’Union Jack encore visible sous les flocons, elle l'attendait.
« Il fait vraiment trop froid ce matin pour se balader. Viens ! » dit-elle dans un souffle d'air embué. Subjugué,  il ne s’étonna même pas qu’elle ne l'ait pas prévenu.
Elle l’entraîna à l'arrière du véhicule, déjà ses mains se glissaient sous le cuir patiné du vieux blouson  oversized. Dans l'autoradio, Stacey Kent chantait «  What the world needs now is love »…