Pour ce nouveau défi, c'est Vonette qui jette un froid sur la blogo !
Aime-je l'hiver ou l'aime-je pas??
That's the question!
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"Pourquoi certaines choses du passé
surgissent-elles avec une précision photographique?
" (1)
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Le thermomètre à la gare de Besançon affichait moins 25 °. Le bâtiment de bois reconstruit à la hâte après la seconde guerre mondiale, croulait sous la neige. Ma mère et moi attendions le taxi qui devait nous mener au petit village de Voray, distant de 15 km. Après une longue attente, la voiture arriva. Une fois qu'il eut chargé nos maigres bagages, le chauffeur nous installa à l’arrière. Je ne me souviens plus du nom de la voiture mais je me rappelle distinctement que l’homme avait du faire le trajet, fenêtre ouverte et tête à la portière, le pare-brise et les essuie-glaces  étant pris par le gel… Le ciel était plombé de gris. Je grelottais !
Arrivés au village après un temps qui me paru interminable sur les routes verglacées,  nous fûmes  accueillis par mon père. "On" nous avait prêté  une grande bâtisse bourgeoise au milieu d’un parc et appelé pompeusement « le château ». L’air était glacial à l’intérieur aussi et mon père s’efforçait d’allumer chaque matin un grand feu de bois dans l'immense poêle de la cuisine.

Notre chateau à Voray


Radio Luxembourg diffusait « Le petit chien dans la vitrine » de Line Renaud et surtout sa "cabane au Canada" (2). Dans les jours qui suivirent,  l’abbé Pierre lança son fameux appel à la solidarité…
Nous étions début février 1954 et du haut de mes 5 ans je prenais brutalement contact avec la métropole,  la neige et le froid…  Je découvrais le passe-montagne, la buée qui sort de la bouche, la luge, l’école et l’odeur du pain chaud devant la boulangerie du village…
 Cela ne me déplaisait pas, au contraire, de vivre emmitouflé.
Et si je me suis désormais installé sous des cieux plus cléments, je retourne volontiers l’hiver dans le « nôôôrd ».  En descendant du train, à voir tous ces gens engoncés dans leurs manteaux noirs, les souvenirs de l’enfance heureuse affluent dans mes pensées et me font sourire car même en 1954, le printemps -au parfum de magnolia- avait fini par revenir …

Le printemps a fini par revenir

(1) Patrick Modiano, "Rue des Boutiques Obscures"

(2) Je suis certain que c'est à cause de cette satanée chanson que le blizzard s'est déchainé sur la France cette année là!