Voici le rendez vous des "Plumes" du samedi chez Asphodèle.

machine-brouillons-1.


 La lettre J ne provoque en moi qu'une faible capacité d'insertion (c'est peu de le dire!) des mots suivants...
Jusant – jaspiner – juron – jubiler – jacquard – joyeuse – juke-box – jade – jalousie – jokari* – jour – justice – juvénile – jeudi – jouir – jalon – jamais – janotisme – jérémiade – jupe .

Soène  m'a convaincu de publier quand même !!

Le choix des armes 6

 

Vers 16h 30, dans son bureau de l'hôtel de police, avenue de la Gare d'eau,  le capitaine Eric Tallenay était très absorbé. Il examinait l'inventaire les communications sur le téléphone de Valentin Buthier. Son cadavre avait été découvert ce samedi matin par un jardinier du parc Micaud. L'homme avait été tué proprement avec un genre d'épée très fine. Le capitaine s'en était rapidement persuadé, il s'agissait du travail silencieux d'un professionnel se moquant bien de ne pas faire disparaitre l'identité de sa victime et préférant se faire justice lui-même. Un expert en meurtres véreux. Tallenay sourit intérieurement à ce janotisme, il affectionnait les mots inusités ou rares comme apophtegme, vernaculaire ou irréfragables. Il en savait le sens exact.
Sur le corps de Valentin Buthier, on avait trouvé un holster pour une arme de poing. Vide. La mort remontait à la veille. Les scientifiques étaient passés pour les constatations d'usage. Tallenay espérait leur rapport au plus vite pour poser les premiers jalons de l’enquête.
Le journal des appels du cellulaire révélait de récentes et régulières communications avec un autre portable, jusqu'au vendredi matin, avec une dénommée Claire. Quelques sms aussi laissaient comprendre une relation amoureuse. Lundi, il faudrait chercher de ce coté avec une réquisition auprès de l'opérateur téléphonique! Valentin Buthier était inspecteur des douanes, ainsi que l'attestait la commission d'emploi rangée dans son portefeuille. Les papiers de la victime avaient permis de retrouver son domicile. Les clés étaient dans sa poche de veste. Il fallait perquisitionner. Tallenay n'était pas emballé à l'idée de passer son week-end à enquêter sur ce meurtre mystérieux Il aurait préféré une grande randonnée sur les hauts plateaux du Jura à jouir du spectacle de la première neige. De plus il avait mal aux dents depuis trois jours et ne se décidait pas à voir son dentiste. La douleur l'empêchait de se concentrer sérieusement sur son travail. Excédé, il poussa un juron ! Pour le meurtre de Valentin Buthier, aucun indice sérieux. Aucun témoin ne s'était manifesté. Un vrai trou noir. Il fallait attendre aussi le résultat de l'autopsie pas avant jeudi, le légiste faisait grève par solidarité avec ses collègues du CHU ! Son enquête risquait donc d’être au jusant pour plusieurs jours. Pas de quoi jubiler.

Le capitaine Tallenay, 45 ans au printemps prochain, était bien dans sa peau de policier. Râblé, le teint mat et le cheveu déjà grisonnant, il avait adopté la tenue passe-partout des flics en civil : jeans basquettes T shirt. Il passa un gilet jacquard beige puis enfila son énorme blouson de cuir noir dont il adorait l'odeur patinée. Le capitaine  appela le lieutenant Bollengo.
- Julia, on part en tournée.
- On va chez Buthier ?
Tallenay acquiesça de la tête en attrapant son pistolet Sig Sauer tout neuf rangé dans le tiroir de son bureau. On lui avait retiré son vieux Manhurin contre ce nouveau 9 mm, modèle suisse allemand en résine. Sauf le canon, s'entend. Ah ce n’était pas du plomb à jupe ! Plus léger et à double détente, le Sig avait déconcerté le capitaine lors des premiers entrainements de tir. Une véritable arme de guerre. En enfilant le chargeur, il expliqua à son adjointe qu'on avait sans doute à faire à un professionnel cherchant quelque chose de précis. Au domicile de Buthier, ils pouvaient faire de mauvaises rencontres.
Tallenay aimait travailler avec Julia Bollengo. C’était une jeune femme d’une trentaine d’années, svelte,  aux cheveux longs, les yeux couleur de jade et à la poitrine juvénile. Souriante et expansive, toujours d’humeur joyeuse, elle savait brider son naturel latin exubérant lorsque c'était nécessaire. C'était le cas aujourd'hui, Tallenay avec sa rage de dent était de mauvais poil. Il valait mieux faire profil bas. Ils se frayèrent un chemin dans les couloirs encombrés de machines à sous et de juke-box saisis dans un clandé près de la frontière suisse. Dans le hall, un inconnu sale au regard terrorisé lui saisi le bras pour lui jaspiner ses problèmes dans un argot méridional. « Commissaire, ils sont là depuis trois plombes devant ma lourde avec leurs calibres, y vont me fumer ! » s’écria l’homme d’une voix suraiguë. « Arrête tes jérémiades » intima Taillenay en repoussant l’individu fermement. Il l’adressa au planton. En sortant sur le parking du commissariat, les deux policiers découvrirent leur Mégane banalisée couverte de feuilles de platane tombées avec la pluie nocturne. De lourds nuages chargés d’humidité plombaient encore la lumière du jour. Alors que le capitaine dégageait le pare-brise, elle se risqua:
« Eric, tu penses qu'on sera rentré pour 20 h? J'ai une soirée salsa !
Malgré la douleur, le capitaine esquissa un sourire, une grimace plutôt.
- On a tout notre temps et puis la salsa, ça se termine tard, tu n'es jamais obligée de faire le lever de rideau! »
Tous les deux savaient bien qu'ils resteraient tout le temps nécessaire à l'enquête. Il n’y avait ni compétition ni jalousie entre eux. Ils formaient une équipe sobre et efficace. Julia savait que cette nouvelle enquête qui s’ouvrait serait une occasion supplémentaire de le prouver.