Plume plume tralala !!
Asphodèle nous a remis au boulot vite fait pour les vacances .
Dame, on ne tient pas un blog pour se tourner les pouces !
Les plumes de l'année
Il faut cette fois-ci placer des mots en "i"
illusion – irréfragable – ivresse – infatigable – impasse
 immersion – image – indicible – interstice – imbécile
 itou – inhumer – inconstant – indigestion – imaginaire – irréfléchi


Je vous propose de retrouver les suites de l'aventure de Claire dans
"Le choix des armes"

 

Bref résumé:
Un soir d'automne, Claire Geneuille a assassiné son amant, Valentin Buthier, d'un coup d'aiguille d'acier en plein cœur, dans un parc de la ville de Besançon. Il l'avait quitté sans explication et elle s'était persuadée qu'il la trompait.

(Pour connaitre le début de cette histoire, cliquez dans la catégorie "le choix des armes" dans la colonne de droite là  --->

Claire conduisait prudemment de la main gauche. Elle avait serré si fort l'aiguille d'acier que les doigts de sa main droite en étaient encore douloureusement contractés. La pluie persistante et glacée s'abattait de plus belle sur la ville. Elle avait fait changer les balais d'essuie-glace de sa vieille Mini, si difficiles à trouver désormais. Dans un cadencement infatigable, les lames neuves de caoutchouc chassaient parfaitement chaque goutte, immédiatement remplacée. En filigrane sur le pare-brise elle revoyait l'image de son ancien amant, saisi par la mort. Elle avait perdu le calme de son action. Au bord de la confusion, elle s'efforça de faire le vide dans sa tête et de se concentrer sur la conduite. Ce n'était pas le moment d'être irréfléchie! Des nausées l'assaillaient, comme une indigestion. Des gouttes d'eau perlaient des pointes de ses cheveux et lui coulaient dans le cou.

Elle décida de retourner chez elle dans son petit appartement près du pont de la Gibelote. Là, elle aurait le temps de réfléchir à la suite des événements. Cette nuit serait son répit. Elle évita soigneusement les bouchons de la place Flore et du parvis de la gare Viotte. Longeant la voie ferrée, la petite rue Midol était déserte, elle l'emprunta pour regagner facilement son appartement au 4 de la rue Vorin, gara la Mini dans le parking intérieur de l'immeuble et ferma la porte métallique. Il était 18h 45. Jusque là, elle avait eu de la chance. Après ces trois jours d'immersion cauchemardesque, les événements s'étaient organisés à son avantage.  Claire était bien décidée à en profiter. Parfaitement consciente de l'acte qu'elle venait de commettre, elle se mit à réfléchir aux meilleurs moyens d'échapper à une éventuelle enquête de police. Elle était d'un naturel optimiste. En se remémorant la soirée dans le parc Micaud, elle conclut qu'elle n'avait pas grand-chose à craindre. Par prudence, elle devait se débarrasser au plus vite de ses bottes et de son trench-coat itou. Des traces pouvaient s'être incrustées sur les semelles , il pouvait même y avoir du sang sur l'imperméable!

Soulagée d'arriver chez elle, Claire retrouva son calme dans le décor familier. Elle se changea et entreprit de fourrer ses affaires compromettantes dans un grand sac poubelle.
Elle ressortit à la recherche d'un bac à déchets loin de chez elle. Place Leclerc, elle aperçut dans une impasse derrière le magasin Darty, le local ouvert où les employés jetaient les emballages  des produits ménagers. Les lieux étaient déserts. Sans réfléchir davantage elle enfouit le sac parmi les cartons et les blocs de polystyrène. La pluie crépitait dessus en milliers de claquements secs.
De retour chez elle à 19 h 30, elle laissa son parapluie sur le pallier et lava soigneusement le sol carrelé.

Elle prit ensuite une longue douche brulante. Sa clairvoyance l'étonnait elle-même. Son imaginaire était en pleine action, elle savait instinctivement ce qui lui semblait être la meilleure façon d'agir. En sortant de la salle de bain, elle décida que  demain elle retournerait à son travail, comme d'habitude. Il ne fallait pas éveiller les soupçons. A 21 heures, elle avala un somnifère et but un grand verre d'eau. Claire n'avait pas faim. En s'allongeant sur son lit, la jeune femme eut mal au ventre. Elle allait être indisposée. Le souvenir de Valentin lui revint alors violement en tête. Dans ces moments là il ne renonçait jamais à lui faire l'amour . Des images précises de leurs étreintes passèrent devant ses yeux… Claire les chassa d'un revers de main.

Elle débrancha son téléphone puis contempla par la grande baie vitrée le jardin botanique qui luisait sous la pluie. Perdue dans les brumes aqueuses, la Citadelle demeurait invisible malgré le puissant éclairage destiné à la mettre en valeur. Une fois les volets fermés, le halo lumineux de la ville qui s'immisçait par les interstices des lames de bois lui provoqua un indicible malaise, comme une présence diffuse et hostile.

Subitement elle réalisa qu'elle avait oublié de récupérer le téléphone portable de son ancien amant. Les policiers ne tarderaient pas à la retrouver rapidement grâce à l'analyse des communications. Elle ne se faisait pas d'illusions, ce n'était pas des imbéciles !
Elle repensa à un article de presse qui expliquait que 70 % des crimes n'étaient pas élucidés. Ou était-ce 60 % ? Elle n'était plus certaine.  De toute façon, Claire avait fait disparaitre l'arme et ses vêtements. Les flics n'auraient aucune preuve irréfragable à lui opposer. A 21h 32 elle s'endormit sur cette certitude rassurante.

A 6 h 30, le radioréveil tira Claire difficilement du sommeil, les effets du narcotique se dissipaient lentement.  Sa tête tanguait comme après une nuit d'ivresse. L'animateur de Radio Campus souhaita un bon week-end aux auditeurs. C'était samedi !! Dans l'enchainement des événements, Claire l'avait complètement oublié. Elle ne travaillait pas aujourd'hui. Toute la soirée de la veille lui revint en mémoire d'un bloc. Elle se sentait à la fois tendue et déterminée.
Avant de se lever, elle laissa venir ses pensées en désordre. Aucune interrogation pour savoir si elle pourrait vivre normalement désormais, vivre avec son crime caché. Faire avec sans remord.
Claire parlait à haute voix s'adressant à Valentin:
- Tu as eu ce que tu méritais. T'étais tellement désinvolte et inconstant, une véritable provocation!- Elle ne décolérait pas.
Elle se demanda si le corps avait déjà été découvert et où il serait inhumé. Elle ne lui connaissait aucune famille. Les deux amants avaient toujours pris soin de cloisonner leurs vies, d'un commun accord. C'était pour Claire un atout majeur dans la partie qui allait s'engager bientôt avec la police.
La pluie avait cessé. Elle décida de ne rien changer à ses habitudes. Elle prépara une théière de Grand Yunnan, déjeuna d'une pomme et dès que le jour fut levé, se prépara à son jogging hebdomadaire dans la forêt de Chailluz au nord est de la ville. Claire eu du mal à lacer ses chaussures de courses car sa main droite était encore ankylosée.

A 8h 57, en tournant la clé de contact de sa Mini, elle se dit qu'elle devait s'attendre à la visite des policiers dans la journée…

 citadelle Besançon

Citadelle de Besançon